Etude de cas patrimoniale #3

Etude un peu différente des précédentes mais qui touche une problématique très intéressante.

Il y a quelques mois, j’ai fait la connaissance de Marie et Yves dans un contexte très professionnel, Marie souhaitant simplement obtenir un avis sur un petit appartement locatif qu’ils possèdent à Tulum.

L’idée était relativement simple : étudier l’opportunité éventuelle de le vendre afin de réinvestir à Playa del Carmen, où ils passent aujourd’hui l’essentiel de leur temps et où leurs petites-filles viennent régulièrement leur rendre visite.

À première vue, la question semblait essentiellement immobilière mais elle s’est rapidement révélée beaucoup plus patrimoniale que prévu.

Car derrière cet appartement de Tulum se cachait en réalité une réflexion beaucoup plus profonde sur la manière dont un patrimoine évolue lorsque la vie elle-même change de trajectoire.


Une vie construite en France

Comme beaucoup de Français de leur génération, Marie et Yves ont construit leur patrimoine au fil des décennies par le travail, par l’épargne, par des arbitrages raisonnés et l’immobilier.

Pendant longtemps, leur vie, leurs revenus, leurs projets et leur patrimoine évoluaient dans le même environnement, la France.

Puis les choses ont progressivement changé, les liens familiaux se sont distendus, les enfants ont construit leur propre vie, les petits-enfants ont grandi, les habitudes ont évolué.

Et il y a maintenant plus de quatre ans, Marie et Yves ont décidé de franchir une étape que beaucoup envisagent sans jamais réellement l’accomplir, ils ont quitté la France pour s’installer au Mexique.

Aujourd’hui, ils vivent à Playa del Carmen dans un grand appartement situé à quelques pas de la mer.

Ils y ont leurs habitudes, leurs amis, leur quotidien.

Bref, leur vie est désormais ici, mais leur patrimoine, lui, est resté partiellement là-bas.


Le décalage entre la vie réelle et le patrimoine

Au fil de nos échanges, un élément a particulièrement retenu mon attention.

Marie possède encore en France un actif immobilier dont la valeur est estimée autour de 600.000 euros, et sur le papier, cette information est rassurante.

Beaucoup de personnes considéreraient immédiatement qu’il s’agit d’une situation patrimoniale confortable, mais lorsque l’on creuse davantage, une autre réalité apparaît.

Ce bien est détenu dans le cadre d’un viager dont le fonctionnement est devenu plus complexe que prévu, certaines obligations ne sont pas toujours respectées comme elles devraient l’être.

Les procédures sont longues, les solutions ne sont pas immédiates, et surtout, cet actif important se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de leur lieu de vie.

À ce moment-là, une question patrimoniale essentielle apparaît : posséder un actif de valeur est-il suffisant lorsque l’on n’en maîtrise plus réellement l’utilisation ?


Valeur patrimoniale et liberté patrimoniale

C’est probablement l’un des sujets les plus sous-estimés dans la gestion de patrimoine.

Nous avons tendance à mesurer la réussite patrimoniale à travers la valeur des actifs détenus : combien vaut la résidence principale ? Combien valent les investissements locatifs ? Combien représente le patrimoine total ?

Ces questions sont évidemment importantes, mais elles ne répondent pas toujours à la question essentielle qui est quelle liberté réelle ce patrimoine nous procure-t-il aujourd’hui.

Car un actif peut être très valorisé et pourtant être difficilement mobilisable, difficilement arbitrable, difficilement transmissible.

Ou simplement éloigné de la réalité quotidienne de son propriétaire.

À l’inverse, un actif moins important mais parfaitement adapté au mode de vie actuel peut parfois apporter davantage de sécurité, de flexibilité et de sérénité.


Quand le patrimoine doit rattraper la vie

Au fil de nos échanges, j’ai réalisé que la réflexion de Marie et Yves dépassait largement la question d’un appartement à Tulum car le véritable sujet était ailleurs.

Leur vie, leur quotidien, leurs projets sont désormais au Mexique.

Et pourtant, une partie importante de leur patrimoine reste encore organisée autour d’un pays qu’ils ont quitté il y a plusieurs années.

Cette situation est beaucoup plus fréquente qu’on ne l’imagine, je la retrouve régulièrement chez des retraités, mais également chez des entrepreneurs ou des cadres dirigeants qui ont changé de pays, de mode de vie ou parfois même simplement de priorités.

Le patrimoine continue souvent de refléter la personne que nous étions il y a dix ou vingt ans, pas nécessairement celle que nous sommes devenus.


La vraie question patrimoniale

Pour beaucoup, la gestion de son patrimoine consiste principalement à accumuler des actifs, des revenus, de la valeur.

À partir d’un certain stade, la question devient différente, le sujet n’est plus seulement ce que l’on possède mais devient la cohérence entre ce que l’on possède et la vie que l’on souhaite réellement mener.

Un patrimoine peut être important et pourtant générer des contraintes.

Un patrimoine peut être plus modeste et pourtant offrir une grande liberté.

C’est probablement l’un des enseignements les plus intéressants que m’ont inspiré les échanges avec Marie et Yves.


Le bilan

Nous passons souvent plusieurs décennies à construire notre patrimoine.

Mais nous prenons rarement le temps de nous demander si ce patrimoine continue réellement à servir notre projet de vie.

Or les priorités évoluent, les familles évoluent, les pays évoluent, les modes de vie évoluent.

Et le patrimoine devrait parfois évoluer lui aussi.

Car finalement, la véritable réussite patrimoniale ne consiste peut-être pas uniquement à accumuler davantage mais plutôt à disposer d’actifs suffisamment cohérents avec sa vie pour préserver ce que nous recherchons tous :

la liberté de choisir où, comment et avec qui nous souhaitons vivre les prochaines années.

Précédent
Précédent

Comment le Mexique s’impose dans la nouvelle architecture économique nord-américaine

Suivant
Suivant

Le syndrome de la brique