Votre patrimoine repose-t-il sur des actifs… ou sur des promesses ?
Pendant longtemps, la question patrimoniale semblait relativement simple et la mécanique était bien huilée.
Il fallait épargner, acheter sa résidence principale, placer une partie de son capital en assurance-vie,préparer sa retraite, éventuellement investir en immobilier locatif et conserver une poche financière “sécurisée”.
Le système paraissait stable, et surtout beaucoup d’épargnants avaient le sentiment de “posséder” leur patrimoine, mais dans un environnement devenu plus financiarisé, plus intermédié, plus endetté, plus réglementé, et plus dépendant des politiques monétaires, une question mérite peut-être d’être reposée :
Détenons-nous réellement ce que nous croyons posséder ?
Pour ce faire, passons en revue ces “possessions” diverses qui constituent le coeur de la grande majorité des patrimoines.
La grande confusion patrimoniale moderne
Une grande partie des patrimoines occidentaux repose aujourd’hui non pas sur des actifs détenus directement mais sur des créances, des contrats, des promesses ou des structures intermédiaires.
La nuance peut sembler technique. Elle est pourtant fondamentale, car dans un système stable, cette différence reste largement invisible.
Mais lorsque les tensions monétaires, budgétaires, bancaires ou géopolitiques augmentent, la structure réelle de détention redevient essentielle. Et la différence entre posséder un actif et détenir une créance sur un intermédiaire devient considérable.
Un dépôt bancaire n’est pas un coffre-fort
La plupart des gens considèrent l’argent présent sur leur compte bancaire comme une propriété parfaitement sécurisée.
En réalité, juridiquement, un dépôt bancaire constitue une créance sur votre banque. C’est à dire que l’argent déposé devient une ressource du bilan bancaire. La banque vous doit cette somme.
Cela ne signifie évidemment pas que le système bancaire va disparaître demain matin, mais cela signifie que votre patrimoine dépend de la solvabilité du système, de la liquidité bancaire, de la confiance générale et du fonctionnement des banques centrales.
Depuis la crise de 2008, les autorités ont progressivement intégré dans le droit européen des mécanismes destinés à gérer d’éventuelles crises bancaires systémiques.
La crise chypriote a notamment constitué un précédent important dans cette évolution réglementaire.
Une assurance-vie reste un contrat
L’assurance-vie occupe une place centrale dans le patrimoine des Français avec 18 millions de détenteurs et 54 millions de contrats.
Il y a des raisons parfaitement objectives à ce succès dont une fiscalité avantageuse, une transmission moins coûteuse, de la flexibilité dans le fonctionnement et une profondeur de marché.
Mais une assurance-vie n’est pas un coffre personnel, c’est un contrat avec un assureur.
La qualité réelle de cette détention dépend donc des actifs détenus par l’assureur, de sa solidité financière, du cadre réglementaire et du fonctionnement global du système financier.
Encore une fois, cela ne remet pas en cause l’intérêt de l’outil. Mais simplement la nature exacte de ce que l’on détient.
Une retraite n’est pas un capital
Le sujet devient encore plus sensible concernant les retraites. Dans un système par répartition, et malgré une croyance encore largement répandue, il n’existe pas de capital stocké individuellement au nom des cotisants.
Le système repose sur les actifs d’aujourd’hui, la démographie, la croissance future et les finances publiques.
Autrement dit, une retraite constitue essentiellement une promesse de flux futurs.
Dans un contexte de vieillissement démographique accéléré, d’endettement massif et de chute du nombre des actifs en Europe, cette distinction devient loin d’être anodine.
Le mythe du “sans risque”
Pendant des décennies, les obligations d’État ont été considérées comme l’actif “sans risque”, pourtant, une obligation reste un prêt accordé à un émetteur.
Et tout prêt comporte un risque de défaut, de dévalorisation monétaire, d’inflation ou de perte de pouvoir d’achat réel. Bien malin qui peut prédit ce qui adviendra de la valeur des obligations Belges à 100 ans émises en 2015.
Le risque ne disparaît jamais, il change simplement de forme.
Durant quarante ans de baisse structurelle des taux, cette réalité a été largement masquée. Le contexte actuel pourrait progressivement remettre cette perception en question.
Le patrimoine devient de plus en plus intermédié
Cette logique dépasse désormais largement les banques traditionnelles.
Une partie croissante de l’économie mondiale repose sur des véhicules financiers, des plateformes, des structures complexes, des fonds, des intermédiaires numériques et des couches juridiques multiples.
Même certains investissements très performants, comme la dette privée ou le private equity, reposent souvent sur des architectures sophistiquées :
sociétés de gestion
SPV
fonds fermés
véhicules de détention
structures internationales
L’investisseur ne détient pas directement l’actif économique final, il détient une participation dans une structure qui détient elle-même cet actif.
Ce n’est bien sûr pas nécessairement mauvais., mais cela implique un risque juridique, un risque de liquidité, un risque d’exécution et un risque de contrepartie.
Bref, le risque ne disparaît jamais réellement.
La leçon silencieuse des plateformes crypto
L’univers des cryptomonnaies a brutalement rappelé cette réalité à de nombreux investisseurs.
Le Bitcoin a été conçu dès son origine comme un actif décentralisé., mais beaucoup d’investisseurs ne détenaient en réalité qu’un accès via des plateformes centralisées.
Et lorsque certaines plateformes comme FTX se sont effondrées, des milliards d’actifs clients se sont retrouvés bloqués.
Le problème n’était pas uniquement l’actif lui-même, le problème était aussi la structure de détention.
La vraie question patrimoniale des années à venir
Le sujet n’est pas de devenir paranoïaque, ni de croire ou non à un effondrement imminent du système, le sujet est beaucoup plus profond.
Pendant des décennies, les investisseurs ont principalement raisonné rendement, fiscalité, performance, allocation.
Mais dans un monde plus fragmenté, plus inflationniste, plus endetté, plus instable géopolitiquement, une autre question réapparaît progressivement :
“Qu’est-ce que je possède réellement ?”
Parce qu’entre un actif détenu directement et une promesse dépendante d’un système, la différence est immense, exactement comme entre détenir un lingot d’or et détenir un certificat de détention.
Vers le retour des actifs réels ?
C’est probablement l’une des grandes tendances patrimoniales des prochaines années, le retour progressif vers les actifs tangibles, les actifs productifs, les actifs réels, la diversification géographique et les structures de détention maîtrisées.
Pas nécessairement par défiance totale du système, mais simplement parce que la stabilité ne peut plus être considéree comme acquise, elle doit être intégrée dans la palette des risques et être prise en compte dans la stratégie globale.
En matière patrimoniale, comprendre la nature réelle de ce que l’on détient devient peut-être aussi important que le rendement lui-même.
La question patrimoniale des prochaines années ne sera probablement plus uniquement : “Quel rendement espérer ?”, mais aussi : “Quelle est la nature réelle de ce que je détiens ?”
C’est précisément sur ces sujets de structure patrimoniale, de diversification internationale et d’actifs réels que portent désormais une partie croissante de mes échanges privés avec certains investisseurs.