Comment retrouver des marges de liberté grâce à de meilleurs arbitrages patrimoniaux

Il y a quelques jours, Courrier International relayait un article du magazine américain Fortune au titre volontairement provocateur : « La seule solution, c’est de déménager à l’étranger. »

L’article décrit une réalité qui prend de l’ampleur aux États-Unis. Sous l’effet combiné de l’inflation, de la hausse du coût du logement, des dépenses de santé et de l’érosion du pouvoir d’achat, de nombreux retraités envisagent désormais de quitter leur pays afin de préserver leur niveau de vie.

Pour beaucoup, l’expatriation n’est plus un rêve mais devient une nécessité économique.

Cette tendance est-elle propre aux États-Unis ? Je ne le crois pas.

Compte tenu des chiffres déjà à notre disposition sur le vieillissement démographique, les tensions sur les systèmes de retraite, la hausse des dépenses contraintes et les difficultés croissantes d’accès au logement, se dessine progressivement un paysage comparable en Europe.

Mais en lisant cet article, je n’ai pas pensé qu’aux statistiques, cela m’a surtout rappelé une conversation que j’ai eu récemment.

«Je ne pars pas parce que j’en ai envie. Je pars parce que je n’ai plus le choix.»

Il y a quelques semaines, je discutais avec un prospect possédant un petit atelier de mécanique qui envisageait de s’installer à Playa del Carmen qu’il connaissait bien.

Nous avons évidemment parlé du Mexique, du climat, de la qualité de vie...puis je lui ai demandé ce qui motivait réellement son projet et sa réponse a été assez résignée :

«En réalité, je ne pars pas parce que j’en ai envie. Je pars parce que je n’ai plus le choix.»

Il venait de recevoir sa dernière estimation de retraite, et après avoir fait ses calculs, il avait compris qu’entre sa pension, le produit de la vente de son fonds de commerce et les charges de sa résidence principale, il lui serait difficile de conserver durablement son niveau de vie.

Son objectif était de continuer à aider ses enfants, voyager un peu, ne pas vivre en comptant chaque dépense.

Pour lui, partir devenait une équation économique quasi-inéluctable. Et le Mexique était une solution crédible aux difficultés qu’il anticipait.

En refermant mon ordinateur après notre entretien, je me suis vraiment demandé si, pour ce client en particulier, le véritable problème n’était pas le pays dans lequel il allait vivre mais l’organisation de son patrimoine.

L’expatriation est-elle vraiment la solution, ou seulement la conséquence d’une mauvaise anticipation ?

L’article de Fortune laisse entendre que l'expatriation serait devenue l'unique solution.

C’est là que je diverge assez radicalement avec eux. À mon sens, l’expatriation subie qu’ils relatent est souvent la conséquence d’une situation patrimoniale qui n’a pas été suffisamment anticipée.

Je fais ici une distinction importante : une expatriation choisie est une formidable aventure. Inconfortable, compliquée parfois mais d’une richesse infinie qui nous pousse dans nos retranchements et nous oblige à sortir de notre zone de confort.

Une expatriation subie est souvent un compromis et il est évident que le ressenti dans son nouveau pays d’adoption ne peut qu’être strictement différent.

On ne construit jamais une nouvelle vie de la même manière lorsque l’on part par envie ou lorsque l’on part parce que les chiffres ne laissent plus d’autre possibilité.

J’habite moi-même au Mexique depuis plusieurs années, je connais donc bien les avantages que peut offrir une installation à l’étranger, mais aussi les difficultés que l’on découvre une fois sur place.

Changer de pays ne consiste pas simplement à profiter d’un coût de la vie plus faible, c’est un changement complet de paradigme : culture, langue, réseau social, environnement juridique, système fiscal, système de santé… parfois même son rapport à la famille.

Ces dimensions apparaissent rarement dans les comparateurs de coût de la vie, pourtant, elles pèsent énormément dans la qualité de vie réelle.

Et nombreux sont ceux qui arrivent attirés par le soleil, le climat et la douceur de vivre et déchantent rapidement parce qu’ils n’ont strictement rien prévu pour générer des revenus.

Nous confondons souvent un problème de revenus avec un problème de patrimoine

Au fil de ma carrière, j’ai souvent constaté que dans beaucoup de situations, le problème n’est pas l’absence de patrimoine mais bien la manière dont ce patrimoine est organisé.

Certaines personnes disposent d’un patrimoine important tout en ayant des difficultés de trésorerie. Cela peut apparaître cognitivement contradictoire mais ne l’est pas. Le patrimoine existe, mais il est devenu peu adapté à la nouvelle réalité de vie.

Je pense notamment à un client que j’ai accompagné il y a deux ans. Sa résidence principale, achetée à la fin des années 1980, représentait l’essentiel de son patrimoine. Elle était intégralement payée, tout comme sa petite résidence secondaire.

Sur le papier, sa situation semblait très confortable. Dans la réalité, l’entretien des deux biens, les remises aux normes, les dépenses énergétiques, la fiscalité et les déplacements absorbaient une part croissante de ses revenus.

Il ne manquait pas de patrimoine, il manquait de liquidité.

Le plus difficile n’a pas été d’établir les calculs, simples, froids, implacables. Les émotions, elles, ne l'étaient pas : le plus difficile a été de dépasser l’attachement émotionnel à une maison dans laquelle une partie de sa vie s’était construite.

Après plusieurs rendez-vous, il a finalement accepté une solution qu’il n’avait jamais envisagée : vendre sa résidence secondaire. Puis vendre sa résidence principale. Puis acheter un appartement neuf plus adapté à ses besoins.

Ceci permettant de réduire durablement ses charges, retrouver de la capacité d’épargne, et surtout retrouver de la liberté.

À l’époque, cette opération ne me rapportait rien directement puisque le client s’est avéré ne pas être ouvert à l’investissement international, trop éloigné de ses standards habituels.

Mais comme ce client était venu par prescription, j’ai confié le dossier à un partenaire de confiance, un pur acteur local avec qui nous avons partagé les honoraires.

J’ai toujours considéré qu’il valait mieux percevoir 50 % de quelque chose que 100 % de rien.

Et surtout, je ne pouvais pas laisser partir ce client sans solution simplement parce que celle-ci ne passait pas par mon activité.

Le downsizing : un mot anglais pour une idée pleine de bon sens

Le terme est devenu à la mode, pourtant le principe est ancien et consiste grossièrement à adapter son logement à son mode de vie en vendant un bien devenu trop grand pour acheter un logement plus adapté à ses besoins présents.

Le tout en réduisant ses charges, libérer une partie de son capital et le réinvestir afin qu’il produise des revenus complémentaires.

Il ne s’agit pas de réduire son patrimoine mais de le rendre plus efficace, une nuance essentielle.

Dans de nombreux cas, une telle décision peut suffire à restaurer durablement un équilibre financier, sans avoir à quitter son pays.

Le Downsizing, tout comme le Mexique, ne sont pas une réponse universelle

Et ce serait une erreur de les présenter comme une recette miracle tant chaque patrimoine est différent, chaque famille possède ses contraintes, chaque projet de vie mérite une analyse spécifique.

Selon les situations, les arbitrages pourront être très différents.

Pour certains, il sera pertinent de conserver leur résidence principale, pour d’autres, une diversification internationale apportera davantage de sécurité, pour d’autres encore, une réorganisation juridique ou fiscale permettra de retrouver des marges de manœuvre.

Il n’existe pas de solution universelle applicable de la même manière à tous. En revanche, il existe des arbitrages, et ces arbitrages gagnent à être réalisés avant que les contraintes ne les imposent.

L’international n’est pas une fuite, c’est un outil.

Depuis plusieurs années, j’accompagne des investisseurs francophones qui souhaitent acquérir un bien immobilier au Mexique.

Contrairement à une idée largement répandue, la recherche d’un meilleur rendement est de moins en moins le moteur de la recherche d’un nouvel endroit où investir.

Ils cherchent davantage à ne plus dépendre d’un seul marché immobilier, d’une seule monnaie, d’un seul système fiscal, d’une seule économie, voire disposer d’un plan B.

Autrement dit, ils appliquent au patrimoine un principe que tout entrepreneur connaît déjà et qui rejoint le “bon sens paysan” consistant à ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier.

Cette logique ne signifie évidemment pas qu’il faille s’expatrier à tout prix. En revanche, il peut être particulièrement pertinent d’internationaliser progressivement une partie de son patrimoine, et l’anticipation est alors la clé d’une stratégie de ce type réussie.

Anticiper plutôt que subir

L’article de Fortune décrit une tendance qui mérite d’être prise au sérieux parce qu’il rappelle une vérité patrimoniale fondamentale et qui consiste simplement à dire que les décisions les plus importantes ne doivent presque jamais être prises dans l’urgence mais se préparer bien en amont, quand la situation est favorable.

Optimiser son patrimoine, arbitrer intelligemment ses actifs, diversifier progressivement ses risques ou adapter son immobilier à ses besoins ne doivent pas des décisions spectaculaires, prises dans l’urgence, mais des décisions rationnelles prises avec une lucidité froide.

Ce sont ces décisions mûrement réfléchies qui permettent, le moment venu, de conserver la liberté la plus précieuse de toutes : la liberté de choisir où vivre, et non celle d’être contraint de partir.

C’est ce que j’ai compris avec le temps : lorsque j’ai commencé ma carrière dans la finance il y a près de trente ans, je pensais que mon métier consistait à parler d’argent.

Alors que je parlais surtout de liberté.

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Étude de cas patrimoniales #5 - Ils cherchaient un nouvel horizon patrimonial et ne le trouvaient pas en France

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