Les grands patrimoines ne raisonnent plus uniquement en rendement
Depuis plusieurs décennies, la gestion de patrimoine s’est articulée autour d’une problématique simple consistant à obtenir le meilleur équilibre entre rendement et risque.
Nous avons appris à répartir naturellement nos investissements entre immobilier, marchés financiers, assurance-vie, obligations ou liquidités. Nous avons intégré les notions de diversification sectorielle, de diversification géographique des entreprises cotées ou encore de diversification monétaire.
Pourtant, un paramètre me semble encore largement sous-estimé dans les réflexions patrimoniales de nombreux investisseurs français : la stabilité de la juridiction dans laquelle le patrimoine est détenu.
Je ne parle pas ici de politique, je parle de gestion du risque.
Un patrimoine dépend toujours d’un cadre juridique
Un bien immobilier, un portefeuille financier ou une entreprise n’existent jamais dans le vide, ils dépendent d’un ensemble de règles :
le droit de propriété
la fiscalité
le droit des successions
les règles applicables aux entreprises
les normes bancaires
les réglementations immobilières
Un patrimoine n’est ainsi jamais seulement exposé aux marchés, il est également exposé aux décisions prises par le législateur.
L'histoire économique rappelle régulièrement que les règles patrimoniales peuvent évoluer beaucoup plus vite qu'on ne l'imagine lorsque les États sont confrontés à des circonstances exceptionnelles.
En 1933, les États-Unis ont interdit pendant plusieurs décennies la détention privée de la plupart des pièces et lingots d'or afin de soutenir leur politique monétaire.
L'objectif n'est évidemment pas de suggérer qu'un tel scénario pourrait se reproduire aujourd'hui. Il est simplement de rappeler qu'aucun cadre juridique n'est totalement immuable.
L’incertitude devient un risque patrimonial
Depuis plusieurs années, les investisseurs français évoluent dans un environnement où les débats sur la fiscalité du patrimoine, les retraites, la dette publique ou encore l’immobilier reviennent régulièrement.
Peu importe ici les alternances politiques ou les préférences de chacun, ce qui compte rééllement l’incertitude elle-même.
Un investisseur peut parfaitement intégrer une fiscalité élevée si celle-ci est stable et prévisible, en revanche, il lui est beaucoup plus difficile de construire une stratégie à vingt ans lorsque les règles sont susceptibles d’évoluer très rapidement.
C’est précisément cette prévisibilité que recherchent les grands patrimoines.
Diversifier ne signifie pas quitter la France
C’est probablement le point le plus important et qui est souvent mal compris, diversifier son patrimoine ne consiste pas à tourner le dos à son pays.
La France reste aujourd'hui une économie majeure en Europe. Pour autant, comme d'autres pays développés, elle est confrontée à plusieurs défis structurels : endettement public élevé, déficit budgétaire récurrent, ralentissement de la croissance potentielle, vieillissement démographique et perte relative de compétitivité.
Et comme beaucoup de pays développés,elle est confrontée à un besoin croissant de rénovation de ses infrastructures publiques dans un contexte budgétaire particulièrement contraint.
Depuis plusieurs années, les lois de finances sont adoptées dans un contexte politique particulièrement tendu. Au-delà des clivages partisans, cette instabilité institutionnelle alimente chez de nombreux investisseurs un sentiment de moindre prévisibilité.
De ce fait, concentrer l’intégralité de son patrimoine dans une seule juridiction de plus en plus soumises à des aléas économiques, fiscaux et réglementaires importants revient à accepter que l’ensemble de ses actifs soit dans un pays faisant face à des défis croissants.
La diversification internationale n’est donc pas un jugement porté sur la France, ce n’est ni plus ni moins qu’une méthode de gestion du risque.
Une nouvelle approche patrimoniale
Nous avons déjà changé d’ére sans nous en rendre vraiment compte, en passant de la diversification entre différentes classes d’actifs à une diversification entre zones géographiques et monétaires.
Non pas pour rechercher un hypothétique eldorado mais pour construire des patrimoines plus résilients, capables de s’adapter à un monde devenu plus complexe.
À mes yeux, c’est probablement l’une des grandes évolutions de la gestion de patrimoine des dix prochaines années.
Et c’est aussi la raison pour laquelle, lorsque j’accompagne aujourd’hui une famille ou un entrepreneur dans une réflexion patrimoniale, nous ne parlons plus seulement de rendement ou de fiscalité, nous parlons de stratégie.
Parce qu’un patrimoine n’a pas vocation à battre un indice, il a vocation à protéger des projets de vie.