Étude de cas patrimoniale #7 — Le médecin qui voulait changer de pays sans mettre son patrimoine en danger
Je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, les cas clients arrivent souvent comme des séries, sans que je sache trop pourquoi. Et depuis deux mois environ, je suis plus sollicité par des professionnels de santé, sans que je comprenne réellement pourquoi car je ne suis pas vraiment affilié à ce réseau.
Ceci étant, je ne vais pas m’en plaindre car c’est une clientèle que j’ai appris à accompagner pendant plusieurs années et avec qui les relations sont dans leur grande majorité très intéressantes et obligent à être extrêmement précis !
Que ce soit avec des médecins, infirmiers ou professions paramédicales, je constate que “l’envie d’ailleurs” pour exercer son activité est de plus en plus présent, plus pour des questions de conditions de travail que fiscales d’ailleurs. Et évidemment, si les questions sont différentes d’une profession à une autre, il y a un fond commun dans les problématiques que se posent toutes ces personnes, à savoir la possibilité réelle de changer de pays sans mettre en danger ce qu’on a construit pendant vingt ou trente ans.
Là, nous touchons du doigt la question patrimoniale par excellence.
Car lorsqu’un médecin décide de partir, il ne déménage pas simplement sa famille et ses meubles, il doit déplacer une partie de son patrimoine, mais également reconstruire dans un autre environnement son principal outil de création de revenus qui est son activité professionnelle.
C’est ce qui m’a donné envie de reprendre ici le cas du fameux docteur Martin que j’avais utilisé comme fil rouge dans un précédent article ainsi que dans notre guide consacré à l’installation des professionnels de santé, mise en situation qui me semble toute indiquée au cas qui nous occupe.
Le fameux docteur Martin
Ce docteur Martin là a 49 ans, médecin généraliste installé depuis une quinzaine d’années, il exerce en libéral dans l’agglomération lyonnaise où il bénéficie d’une clientèle fidèle.
Il est marié, père de deux enfants de 15 et 18 ans, et ses revenus professionnels nets sont d’environ 110.000 € par an.
Son patrimoine s’est construit progressivement, sans stratégie exotique, basé sur du solide et du traditionnel et additionné d’une dose de patrimoine familial pré-existant :
résidence principale : 890.000 €, avec 240.000 € de capital restant dû
deux appartements locatifs : 500.000 €, avec 320.000 € de dette restante
assurance-vie et portefeuille financier : 210.000 €
liquidités : 60.000 €
Son patrimoine brut atteint donc environ 1,60 M€, et après déduction des emprunts son patrimoine net ressort autour de 1,1 M€.
Sa situation est confortable, tout à fait enviable et tous les signaux sont au vert sur le plan purement financier.
Mais voilà, le docteur Martin a de plus en plus de mal à se reconnaître dans les conditions d’exercice de son métier, notamment sur les comptes qu’il doit rendre alors que s’il s’est installé en libéral, c’est justement pour ne plus avoir à en rendre !
Après des recherches approfondies ayant pris en compte à la fois ses souhaits et inclinaisons personnels mais aussi les besoin de sa famille, il envisage désormais très sérieusement de s’installer au Mexique.
Le patrimoine n’est pas le problème, mais la transition l’est.
Le docteur Martin dispose théoriquement de suffisamment de capital pour recommencer une vie ailleurs, et notamment pour obtenir sa résidence permanente immédiatement au Mexique compte tenu de son volume d’épargne.
Mais il ne peut pas simplement vendre tout ce qu’il possède, acheter un appartement au Mexique et considérer que le problème est réglé.
Car si son patrimoine est in-fine relativement liquide, son activité professionnelle est beaucoup moins adaptable : pour exercer une profession de santé réglementée à l’étranger, les conditions de reconnaissance des qualifications et d’autorisation d’exercice dépendent du pays d’accueil.
Hors Union européenne, les procédures peuvent notamment suivre un parcours assez compliqué, voire être traitées au cas par cas, il faut donc envisager une période pendant laquelle les dépenses continuent alors que les revenus professionnels peuvent fortement diminuer, voire disparaître temporairement.
C’est cette période transitoire qu’il faut anticiper de financer.
Trois stratégies patrimoniales sont alors envisageables
* Première stratégie : le départ prudent
Le docteur Martin conserve sa résidence principale et ses investissements français, loue un logement au Mexique et part tester sa nouvelle vie pendant 12 à 24 mois.
Il conserve ainsi l’essentiel de ses actifs français, son patrimoine reste très largement exposé à la France, mais son risque de transition est limité.
Le problème est que cette stratégie coûte cher : supposons que le couple ait besoin de 60.000 € par an pour vivre correctement au Mexique, entre logement, santé, scolarité, déplacements et dépenses courantes. A noter que ce budget est très largement au-dessus de celui de l’expatrié moyen vivant au Mexique, mais je préfère compter large.
Deux années de transition représentent déjà 120.000 €, cela sans compter les frais liés à l’installation, les voyages, les éventuels frais professionnels ou la période pendant laquelle le cabinet ne génère plus son niveau de revenus habituel, voire ne génère plus aucun revenu du tout..
Cette stratégie peut donc fonctionner, est rassurante psychologiquement, mais elle peut devenir contraignante si la reprise de son activité prend plus de temps que prévu. et elle suppose de disposer d’une réserve de trésorerie importante.
* Deuxième stratégie : le rééquilibrage progressif
Le docteur Martin pourrait conserver une partie de ses actifs français tout en arbitrant progressivement une partie de son immobilier.
Imaginons qu’il vende l’un de ses appartements locatifs, d’une valeur de 250.000 € et avec un capital restant dû d’environ 120.000 €.
Après remboursement du crédit et prise en compte des frais et de la fiscalité applicables à la cession, imaginons qu’il récupère environ 95.000 € de liquidités.
À cela pourraient s’ajouter, sans toucher à la résidence principale, une partie de son épargne financière.
Par exemple 95.000 € provenant de l’arbitrage immobilier + 60.000 € provenant de l’épargne financière = 155.000 € de capital immédiatement mobilisable.
Il conserve parallèlement sa résidence principale, un bien locatif, son portefeuille financier. Bref, largement assez pour faire machine arrière si son nouveau projet de vie ne prend pas le chemin souhaité.
Et surtout, il achète ainsi la denrée la plus rare de toutes : du temps pour faire homologuer ses diplômes et s’installer professionnellement en toute sécurité et légalité.
Il n’a donc pas besoin de tout bouleverser immédiatement, il peut financer sa transition tout en maintenant plusieurs sources de revenus et d’actifs en France. Vous noterez d’ailleurs que je n’ai pas envisagé de louer la résidence principale, qui génèrerait des revenus significatifs.
L'intérêt de cette stratégie est surtout de ne pas prendre une décision irréversible trop tôt.
* Troisième stratégie : le départ patrimonial complet
Dans cette option, tel Hernan Cortés brûlant ses vaisseaux à Vera Cruz (dans les faits, ils les a plutôt fait couler près de la côte !), le docteur Martin arrête définitivement son choix et décide lui aussi de faire table rase du passé !
La résidence principale est vendue, les actifs locatifs sont progressivement cédés et le portefeuille financier est arbitré au mieux des conditions de marché et du timing familial.
Dans notre hypothèse, après remboursement des crédits et prise en compte des différents coûts de cession, le couple pourrait dégager autour de 1 M€ de capital mobilisable.
A part peut-être aux Etats-Unis, ils disposent là d’une puissance financière considérable par rapport à la richesse moyenne mondiale.
Cela ne signifie pas qu’il faut tout investir immédiatement dans le nouveau pays, ce serait même une erreur tactique majeure, parce qu’un changement de pays est justement le moment où il ne faut pas faire les choses dans l’urgence mais prendre le temps de connaître son environnement et être bien accompagné.
Je conserverais donc une poche inaltérable de sécurité de l’ordre de 150.000 €, ce qui laisse quand même environ 850.000 € à allouer progressivement aux futurs projets
Et là, l’aventure du docteur Martin et de sa famille change complètement de dimension.
Le couple pourrait par exemple consacrer 250.000 à 350.000 € à sa nouvelle résidence, et avec ce budget on peut trouver de très belles choses au Mexique pour peu que l’on ne souhaite pas vivre dans l’hyper-centre touristique ou au sein de communautés fermées trop exclusives.
Puis consacrer 150.000 à 250.000 € à un ou plusieurs actifs générateurs de revenus, lui permettant de régler au moins partiellement les factures du quotidien, et enfin le solde à une allocation financière simple, sûre et rentable sous forme de Certificats de Dépôt Négociables, rémunérés autour de 5-6% ici.
Le patrimoine change alors d’architecture pour se conformer aux nouveaux besoins familiaux et au nouvel environnement.
Alors quel scénario choisir ?
Il n’existe évidemment pas de réponse universelle :
Le scénario 1 maximise la sécurité de la transition.
Le scénario 3 maximise la cohérence avec un départ définitif.
Le scénario 2 constitue probablement le meilleur compromis pour une famille qui souhaite tester sa nouvelle vie avant de prendre une décision irréversible.
Et personnellement, c’est probablement celui que je trouve le plus intéressant et que je privilégierais dans un premier temps car pourquoi brûler les navires lorsque l’on peut construire un pont ?
Le couple pourrait ainsi passer une première année au Mexique, conserver suffisamment d’actifs et de liquidités en France, puis arbitrer progressivement en fonction de la réalité de sa nouvelle vie.
Il reste néanmoins un problème que l’on ne voit pas dans le bilan patrimonial
Car le patrimoine du docteur Martin ne se résume pas à ses 1,60 million d’euros d’actifs, son principal actif est en réalité sa capacité à générer 110.000 € de revenus professionnels chaque année.
Et cet actif-là ne se vend pas et ne se transfère pas aussi facilement qu’un portefeuille d’actions, il dépend de son diplôme, de son expérience, de sa réputation, de son droit d’exercer et de l’environnement réglementaire du pays dans lequel il souhaite travailler.
Le patrimoine financier est aujourd’hui relativement mobile, le capital humain malheureusement encore beaucoup moins.
C’est pourquoi une installation internationale doit être préparée sur deux fronts simultanément : la mobilité du patrimoine et la mobilité du capital humain.
C’est là, à ce moment précis, que les questions administratives et professionnelles rejoignent la réflexion patrimoniale.
Le vrai coût d’une transition mal préparée
Imaginons que le docteur Martin parte sans avoir correctement anticipé sa nouvelle activité, il pourrait parfaitement disposer de 500.000 € de liquidités et pourtant se retrouver en difficulté après deux ans.
Avec 60.000 € de dépenses annuelles, deux années représentent déjà 120.000 €, trois années 180.000 €. Il est bien évident que notre famille ne peut pas simplement attendre que le capital soit ainsi grignoté au fil du temps, elle a besoin d’une stratégie claire et et d’un accompagnement qualifié pour que l’activité professionnelle du docteur reprenne le plus rapidement possible.
La différence entre une transition confortable et une transition stressante peut donc être considérable, et si le montant initial du patrimoine pèse dans la balance, c’est la manière dont il est organisé avant le départ qui fait surtout la différence.
Et le Mexique dans tout cela ?
C’est ici que notre expérience de terrain prend tout son sens : lorsqu’un professionnel de santé nous contacte pour envisager une installation au Mexique, nous ne commençons donc pas par lui parler d’immobilier, nous commençons par essayer de comprendre :
son patrimoine
ses revenus
sa situation familiale
son horizon de départ
sa capacité à supporter une période sans revenus
son projet professionnel
les conditions nécessaires à la reconstruction de son activité
Car la véritable problématique pour un candidat à l’installation est de savoir comment construire une nouvelle vie sans détruire la valeur patrimoniale que l’on a mis vingt ans à construire.
C’est dans cette logique que French Connect Quintana Roo peut accompagner les professionnels de santé qui envisagent de s’installer au Mexique.
Nous ne nous substituons évidemment ni aux autorités, ni aux avocats, ni aux fiscalistes, ni aux organismes professionnels, notre rôle est de coordonner le parcours, identifier les bons interlocuteurs et permettre au professionnel de ne pas avoir à reconstruire seul, depuis la France, tout un réseau de compétences qu’il ne connaît pas encore.
Reconnaissance des diplômes, autorisations d’exercice, statut, fiscalité, assurances, protection sociale, installation de la famille : les sujets sont nombreux et doivent être traités avec les professionnels compétents.
Le ministère français de la Santé rappelle d’ailleurs que les conditions d’exercice à l’étranger dépendent des accords et règles applicables au pays concerné.
Et la fiscalité ne se résume pas non plus à « je pars donc je ne paie plus d’impôts en France ». La résidence fiscale, le foyer, le centre des intérêts économiques et les éventuels revenus de source française doivent être analysés précisément. C’est d’ailleurs pour cela que nous comptons dans nos partenaires privilégiés le cabinet fondé par l’ancien Procureur Fiscal de l’état.
C’est également pour toutes ces raisons que nous avons également développé un guide spécifiquement consacré à l’installation des professionnels de santé au Mexique. Croyez-moi, il m’a donné du fil à retordre !
Ce que je retiens de ce cas
En analysant bien tous les paramètres de la situation, le docteur Martin a finalement un problème de définition de sa stratégie et d’architecture patrimoniale de transition.
Son patrimoine est suffisamment important pour lui offrir une véritable liberté de choix mais cette liberté ne sera réelle que s’il organise correctement la période comprise entre la fin de sa vie professionnelle française et le début de sa nouvelle vie professionnelle au Mexique.
Pour les candidats de plus en plus nombreux à la mobilité internationale, c’est l’une des problématiques majeures aujourd’hui : pour ces profils, la question devient désormais comment rendre son patrimoine suffisamment mobile et résilient pour pouvoir changer de vie.
Et pour un médecin, cette réflexion est encore plus intéressante, parce que son patrimoine financier peut facilement traverser une frontière, mais son capital humain, lui, doit être reconstruit de l’autre côté.
Chaque étape de cette installation est généralement accessible, mais leur accumulation peut rapidement devenir décourageante pour quelqu’un dont le métier consiste avant tout à soigner des patients et non à gérer des procédures administratives.
Or, s’il existe une caractéristique que je retrouve chez beaucoup de médecins, c’est qu’ils accordent une immense valeur à leur temps. Ils acceptent volontiers de rémunérer un expert lorsqu’il leur permet d’éviter plusieurs mois de recherches, d’incertitudes ou d’erreurs coûteuses.
Évidemment, ce n’est pas parce qu’ils en seraient incapables mais parce qu’ils savent qu’il est économiquement plus rationnel de consacrer leur temps à leur métier que de devenir, pendant quelques mois, spécialistes du droit des étrangers, de la fiscalité ou des procédures administratives.
C’est précisément pour cela qu’une expatriation réussie ne commence pas par le choix d’un pays en raison de ses avantages supposés voire fantasmés, elle commence par une réflexion patrimoniale sur la stratégie à mettre en oeuvre, et sur les partenaires à qu s’adresser.